Les Géants de la mer

 

Fin juillet 2011, à l’est de Isla Mujeres, Mexique, Astex fait une grande rencontre: nager avec des Requins-Baleines! Moment inoubliable et gravé dans notre mémoire à tout jamais. De taille imposante, mais de comportement si calme, un sentiment d’admiration nous envahit. On est si petit… Mais attention, malgré leur grâce, vous devez développer toute votre force et votre vitesse pour pouvoir les suivre, juste un moment !!!

Le Rhincodon typus (Requin-Baleine), observé la première fois par Andrew Smith en 1828 à Table Bay, Afrique du Sud, peut atteindre une longueur de 20 m, avec une moyenne se situant entre 6 et 12 m. Ceci lui vaut le titre de plus grand poisson existant actuellement. Seul le Megalodon aurait pu le surpasser s’il ne s’était pas éteint voilà quelques millions d’années. Comme pour la plupart des requins, les femelles sont plus grosses que les mâles. Leur longévité reste encore incertaine, mais on pense qu’elle serait autour de 100 ans.

Malgré leur taille imposante, ils restent de gentils géants. Ils se nourrissent en filtrant plus de 3000 L d’eau par heure, via leurs 5 paires de fentes branchiales, et en y retenant phyto et zooplancton, crustacés et petits poissons de moins de 10 cm. Contrairement aux 2 autres espèces de requins-filtreurs, soit le requin Pèlerin et le requin-grande-gueule, les Requins-Baleines n’ont nul besoin d’avancer pour se nourrir, ils peuvent le faire en restant stationnaires. En ouvrant et fermant leur bouche, plusieurs fois minute, il se créé un effet de succion ce qui leur permet de capter leur nourriture, et même, croit-on, du zooplancton plus gros et vigoureux que ne peuvent le faire les autres espèces filtreuses. Leurs branchies adaptées ont donc double fonction soit l’oxygénation et l’alimentation. On peut parfois les voir tousser, nettoyant ainsi leurs branchies de certains débris.

Ils possèdent de minuscules dents, alignées en 300 rangées (photo 1), sur chaque mâchoire de cette énorme bouche qui peut atteindre 2 m de largeur. Leur rôle n’est toujours pas élucidé. Sur leur peau, d’une épaisseur de 10 cm, se retrouve des écailles de forme trilobée (photo 2) ce qui augmenterait leur hydrodynamisme, un avantage lorsque, comme eux, on appartient à une espèce pélagique.

Photo 1                                                                      Photo 2

Dents, Stuart Humphreys© Australian Museum                         Écaille trilobée, Sue Lindsay© Australian Museum

Les taches blanchâtres retrouvées sur leur dos et leur flanc sont uniques à chaque individu. C’est donc un moyen  de les identifier et  de les suivre, du moins en partie, dans leurs déplacements. www.whaleshark.org constitue une banque de photo de requin-baleine où l’on s’affaire à les identifier et les répertorier. Si vous possédez ce genre de photo, vous pouvez leur faire parvenir. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer le pourquoi de ces taches : camouflage, trait évolutif en commun avec le Requin-Tapis, relation avec certaines activités sociales reliées aux espèces pélagiques, ou encore, puisqu’ils ces requins évoluent souvent à faible profondeur, adaptation contre les rayons UV, en augmentant la dispersion de ces derniers.

On retrouve les Requin-baleine dans les eaux tropicales et tempérées de 21 C° à 30 C° (avec une préférence entre 21 C° et 25 C°), normalement entre le 30°N et le 35°S  parallèles. On peut, parfois, en rencontrer jusqu’au 42°N (tableau 1). Exception le 22 aout 1997, pour la première et seule fois, un individu fût observé dans la baie de Fundy, soit près du 44°N. On les retrouve le plus souvent à une profondeur variant entre 0 et 70m. On sait, par contre, qu’ils peuvent descendre jusqu’à 700 m. Malgré leur faible vitesse de déplacement, 5 km/h, ces géants peuvent parcourir de très grandes distances. Il n’est pas rare de constater des migrations de plusieurs milliers de km. La plus grande distance observée à ce jour est de 13 000 km en 37 mois. Leurs déplacements seraient en relation avec les périodes de reproduction et l’abondance de nourriture pour une région et une période données. En Australie, on les retrouve près des récifs coralliens lorsqu’en période de reproduction les coraux relâchent leurs œufs et  leurs spermatozoïdes.

Tableau 1

 

Carte de distribution du Rhincodon typus . Aquamaps.org, version of Aug. 2010.

L’organe reproducteur du mâle, les pteuygopodes, sont situés au niveau de la nageoire pelvienne. Longtemps une interrogation, le mode de reproduction de cette espèce, semble maintenant confirmé. En 1995, une femelle harponnée, près de Taiwan, avait en son sein 300 embryons ce qui ferait, du Requin-Baleine, une espèce ovovivipare. La maturité sexuelle de l’espèce est évaluée entre 20 et 30 ans, lorsque les individus atteignent 9 m. Le plus petit spécimen observé à ce jour en mars 2009 (photo 3), aux Philippines, dans la province de Sorsogon, près de Donsol, mesurait 38 cm. On pense que cette région serait propice à la reproduction de l’espèce.

Photo 3

WWF-Philippines

Animal solitaire, il est fréquent de le rencontrer en groupe de quelques individus à plusieurs centaines, et ce, soit pour la reproduction ou lorsque l’abondance de nourriture le justifie. On a recensé ce genre de regroupement dans huit régions tropicales. La région de Quintana Roo, au Mexique, est une région favorable au développement de la biodiversité dû, en partie, à la topographie du milieu et aux caractéristiques océaniques présentes. Depuis plusieurs années de mai à la mi-septembre, avec un pic de fin juillet à la mi-août,  la région au nord de Cabo Catoche, près de Isla Holbox, est un endroit privilégié pour rencontrer de grands groupes de Requins-Baleines. Depuis 2006, la découverte d’une autre région plus au sud-est, la région de Afuera, semble propice, elle aussi, à ce genre de grands rassemblements. C’est dans cette dernière zone, le 12 août 2009, que fût observé, à ce jour, le plus grand rassemblement d’individus, soit 420 Requins-baleines, couvrant ainsi une surface de 3 km par 6 km. On a remarqué, cette année-là, un nombre d’individus moins important dans la région de Cabo Catoche. Il y aurait probablement déplacement entre les deux sites. La différence entre ces 2 régions est significative. L’eau de Cabo Catoche est verte avec une visibilité plus restreinte et contenant un zooplancton composé principalement de crustacés. L’eau de la région de Afuera, elle, est claire et bleue. Elle contient une énorme quantité d’œufs de poissons dont la majorité a été identifiée comme étant des œufs de thonine commune (Euthynnus alletteratus.) L’apport calorifique de ces derniers est important, ce qui expliquerait probablement pourquoi cette région peut être favorable aux grands rassemblements. 

Le requin-baleine est, une espèce considérée vulnérable par l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) la population est en déclin. Il se retrouve, depuis 2002 à l’Annexe II (liste des espèces qui, bien que n'étant pas nécessairement menacées actuellement d'extinction, pourraient le devenir si le commerce de leurs spécimens n'était pas étroitement contrôlé) de CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction). Plusieurs régions tentent de le protéger par des lois et règlements. En 2003, le Mexique a fondé le projet Domino suivi, en 2009, de la création de la réserve de la Biosfera Tiburón Ballena en vue de protéger les Requins-Baleines en encadrant, par exemple, l’écotourisme de la région lié à la rencontre des humains avec ces grands géants. Malgré les efforts de certains, le Requin-Baleine est encore tué par centaine. La partie la plus prisée étant les ailerons qui est vendue à environ 900$/kg.

 

 

 

 

Références

 

  1. Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction:  www.cites.org/fra/index.php
  2. Union internationale pour la conservation de la nature: www.iucn.org/fr/
  3. Projet Domino, Mexique: www.domino.conanp.gob.mx
  4. Banque de photos pour fin d’identification: www.whaleshark.org/
  5. Musée d’Australie, Mark MCGrouther, Ichthyology, 29 avril 2011: www.australianmuseum.net.au/Whale-Shark-Rhincodon-typus-Smith-1828
  6. Florida museum of Natural History, Carol Martins & Craig Knickle: www.flmnh.ufl.edu/fish/Gallery/descript/whaleshark/whaleshark.html
  7. Shark Research Instutite: www.sharks.org
  8. Gouvernement Australien, Sharks in Australian waters: www.environment.gov.au/coasts/species/sharks/whaleshark/index.html
  9. Whaleshark and oceanic research center: www.wsorc.org/index.php
  10. Rare occurrence of a Rhincodon typus (Whale Shark) in the Bay of Fundy, Canada, Stephen D. Turnbull and Jackie E. Randell, Northeastern Naturalist 13(1):57-58. 2006 dx.doi.org/10.1656/1092-6194(2006)13[57:ROOART]2.0.CO;2
  11. An Unprecedented Aggregation of Whale Sharks, Rhincodon typus, in Mexican Coastal Waters of the Caribbean Sea, Rafael de la Parra Venegas, Robert Hueter, Jaime González Cano, John Tyminski, José Gregorio Remolin,Mike Maslank, Andrea Ormos, Lee Weigt, Bruce Carlson, Alistair Dove, April 29, 2011: www.plosone.org/article/info:doi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0018994
  12. Les requins-baleines: un indicateur des impacts de la marée noire?, Amélie Levesque, www.culturevolutive.com/?p=4
  13. Paleontology on Giant filter feeders, Lionel Cavin, Science 19 February 2010: Vol. 327 no. 5968 pp. 968-969 DOI: 10.1126/science.1186904
  14. wwf.panda.org/about_our_earth/teacher_resources/best_place_species/current_top_10/whale_shark.cfm
  15. wwf.panda.org/what_we_do/where_we_work/coraltriangle/news/?158503/Tiny-whale-shark-gives-clues-to-sea-giants-behaviour
  16.  www.marinebio.org/species.asp?id=47
  17.  www.fishbase.us/summary/Rhincodon-typus.html
  18.  www.futura-sciences.com
  19. Aquamap.org