Eau douce, eau de source: Sources de nos vies

Eau douce, eau de source : Source de nos vies

De plongeuse qui s’ébahit de la beauté des fonds marins, qui s’immerge totalement dans la pratique d’un sport de découverte à la plongeuse documentariste, les heures passées sous l’eau et autour de l’eau ont modifié ma pratique de l’activité et ma compréhension de l’environnement sous-marin. En préparant mon 3e film souterrain, je me rends compte que ma décennie à faire des films marins a forgé mon regard et surtout ma réflexion. La rencontre de grands blancs, de requins-baleines a eu beau me marquer à tout jamais, les eaux douces dans lesquelles on n’ose plus se rincer la bouche me marquent plus encore. Le simple souvenir d’avoir eu à faire bouillir l’eau de Montréal nous rappelle à quel point la qualité de notre eau est fragile et menacée en dépit des efforts importants suite aux grandes pollutions jusque dans les années 80. En 2014, il reste beaucoup à faire et il est temps de lancer des bouteilles à la mer et de conscientiser le plus grand nombre de personnes.

Moultes politiques sont mises en place dans un certain nombre de pays afin de préserver les eaux douces et les eaux souterraines. Que ce soit la diminution de rejets industriels, municipaux, privés dans les eaux, l’amélioration et modernisation des usines de traitements des eaux usées, ou encore des législations concernant le rejet des eaux noires des bateaux. Une part du travail est en place y compris dans des pays où la pollution est notoire comme la Chine. Pourtant là-bas aussi, on se rend compte que l’eau est un bien précieux à sauvegarder et des balbutiements d’actions se mettent en place.

Les changements climatiques entraînent des variations de niveaux d’eau drastiques qui amplifient les échanges d’eau entre les sources et les rivières. Les écoulements des eaux usées ou polluées par les produits agricoles de surface dans les sources s’accentuent.

Que ce soit ici, en Europe ou en Asie, il est difficile de changer des habitudes tant privées qu’industrielles. Difficile de dire à de pauvres paysans des campagnes du sud-ouest de la Chine que de laver leur linge dans la source avec du savon au phosphate, utiliser des fertilisants et insecticides dans les rizières polluent leurs sources karstiques qui non seulement les abreuvent, mais contiennent les poissons qui les nourrissent.

Les repercussions sanitaires sont importantes. Au moins depuis quelques années ils peuvent être soignés à l’hôpital, mais  de changer ces pratiques risque de prendre une génération. Nous venons tout juste de les rassurer sur le fait que la visite de plongeurs dans leurs sources ne fera pas fuir les esprits des sources et qu’ils pourront continuer d’y pêcher et que l’eau ne se tarira pas après notre passage.

Le gouvernement local veut mettre en place une champagne de sensibilisation, mais il sait à quell point  le travail est colossal.

Comme dans tous les pays d’Asie, les paysans, il y a encore 20 ans, consommaient des produits naturels. Le rejet au sol d’épluchures de fruits et de légumes, d’offrandes ne  posait aucun problème, mais la pratique demeure la même avec les produits dérivés de pétrole qui prendront des décennies à se réduire sans jamais disparaître. Je me souviens d’avoir tenté de filmer une plage, mais aussi une rivière dans les montagnes de Bali. Je n’ai su où poser ma caméra pour ne pas avoir de détritus plastiques dans le cadre. Constat triste surtout dans des endroits magiques aux paysages  de carte postale, paysages qui disparaissent. On se croirait à Montréal à la fonte des neiges lorsque la ville révèle ses détritus abandonnés, emportés par le vent et ensevelis quelque temps sous la neige.

Je ne saurais dire si je suis pleinement optimiste sur l’avenir en ce qui concerne la santé de notre environnement aquatique d’eau douce. Ce qui me perturbe encore beaucoup est la quantité de produits que nous utilisons qui est rejetée dans nos canalisations, certes traités, mais dans quelle mesure? La liste serait longue, mais si on s’en tient uniquement à nos rejets domestiques, qu’en est-il des produits chimiques, hautement corrosifs, médicaments… qui sont encore rejetés dans les eaux usées? Qu’en est-il de nos habitudes de consommation et de nos choix de produits d’entretien domestiques pour la maison?  De nombreuses alternatives existent qui sont soit naturelles soit beaucoup moins toxiques. La bonne nouvelle est que ces produits sont redevenus abordables. Plus besoin de tenter de faire des recettes de grand-mères, les options sont abordables pour quiconque veut se donner la peine de faire sa part. 

En tant que plongeur nous pouvons participer à des nettoyages de rives. De nombreuses boutiques de plongée organisent de telles opérations. C’est une façon de participer à l’effort collectif dans la bonne humeur. Ce type d’actions nous permet de voir de nos yeux la différence en enlevant les détritus de l’eau et en constatant à la fin de la journée que l’on peut facilement remplir une benne . C’est certes plus convainquant que de tenter de mesurer les pollutions invisibles, sans doute les pires à l’heure actuelle. Que ce soit en France, en Floride, en Chine ou ailleurs, je n’ose plus vraiment boire l’eau de la source dans laquelle je plonge sans craindre quelques petits désagréments au mieux. Cette pollution est sournoise, invisible et inodore. Elle est pourtant malheureusement bien réelle. 

Nos sociétés ont fait un pas, nous avons commencé à changer nos habitudes tout en nous rendant compte que cela n’affecterait pas notre qualité de vie au contraire. En tant que plongeur, nous sommes des témoins de ce qui se cache sous la surface, il est de notre responsabilité et de notre fierté d’être ambassadeur des fonds marins et des fonds souterrains, de témoigner des beautés et trésors de ce fameux 70% de la terre et de dire qu’il n’en tient qu’à nous tous individuellement et collectivement de sauvegarder cette source de vie. Sans elle, n’espérons pas pouvoir vieillir en santé.    

La simple application des 3R dans le bon sens peut à elle seule contribuer à la protection des milieux aquatiques : Réduire, Réutiliser, Recycler.

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