De la caverne à l’exploration

La plongée spéléo n’est pas une nouvelle spécialité de plongée à la mode. En fait, elle apparaît il y a plusieurs siècles. Les premières tentatives de passage de siphon en apnée furent tentées en 1773 par un certain monsieur Day à la cerverne Peak en Angleterre. En 1878 le pied Lourd Nello Ottonelli est allé explorer Fontaine de Vaucluse en France jusque 75pieds de fonds.  Cousteau y retournera en 1954.  Du même acabit, la première plongée sous plafond en recycleur fut effectuée par Alexander Lambert dans le tunnel de la Trent Severn afin d’aller fermer une valve. Il du faire une pénétration de 300 mètres, équipé de la nouvelle invention de Fleuss: un recycleur à oxygène. Grâce a l’invention de Gagnan et Cousteau, c’est juste après la Deuxième Guerre mondiale que les premières équipes de plongées spéléo apparaissent autant en France qu’au UK.  Au début des années 50, aux États unis, la désormais fameuse Wakulla springs est explorée  tout comme les grottes de Mont Gambier en Australie.  L’Aqualung venait d’ouvrir la voie à l’exploration souterraine. Les décennies suivantes, des explorations prirent place en Allemagne, Suisse, Union soviétique, Bahamas sans oublier le Mexique.

Avant de pouvoir former de façon sécuritaire les spéléonautes modernes des dernières années,  de nombreux plongeurs ont péri dans ses gouffres inhospitaliers. L’absence de procédures, le matériel inadéquat et la déraison de certains ont poussé les premiers explorateurs à développer des techniques et du matériel qui permettent à l’heure actuelle de se promener en toute sécurité dans des galeries  dont la signalisation rivalise parfois même avec celles des grandes routes que nous connaissons. 

Un jour, je serais plongeur spéléo

Pour le plongeur québécois qui désire s’initier à la plongée souterraine,  il y a quelques étapes logiques à suivre.  Une fois que vous êtes complètement à l’aise avec votre équipement en double ou en sidemount, que votre flottabilité est parfaite, alors direction le sud. Bien que d’autres destinations soient possibles pour l’apprentissage de la plongée spéléo, j’ai toujours préféré le nord de la Floride.  Non seulement, c’est juste 23 heures de route, mais surtout, c’est le seul endroit où l’on peut retrouver toute la panoplie des variantes de la plongée sout: profondeur, courant, topographies différentes, visibilité…  Et le tout dans une eau confortable pour l’apprentissage à 20 Celsius.  La formation s’échelonne sur différents niveaux en fonction des agences de certification.  Le principe demeure le même: évoluer et maîtriser les différentes procédures d’urgence de plus en plus loin dans les galeries jusqu’à être en mesure de planifier des navigations complexes.   La formation jusque full cave prends 7 à 8 jours et peut être effectuée en étapes.

Mais rassurez-vous, si le commun des mortels associe plongée spéléo avec passages étroits où nous sommes obligés de passer les bouteilles en avant de nous,  la plongée que la plupart des plongeurs spéléo pratiquent, ressemble plutôt à naviguer des chemins balisés dans des grottes maintes fois explorées par les prédécesseurs.  À l’aide de carte, de ligne de vie en place où la distance est identifiée,  il suffit de longer tranquillement les galeries.

C’est juste de la roche…  Il n’y a même pas de poisson…

Dans les entrailles de la Terre, l’immersion revêt une tout autre signification.  Pour certains c’est obtenir enfin une des certifications les plus difficiles, repousser ses propres limites jusque-là forme de plongée considérée la plus dangereuse. 

Lorsque j’ai mis la tête sous l’eau et sous la roche la première fois, j’ai commencé un voyage autant physique, que mental et quasi spirituel, un de ces voyages qui durera toute la vie.  Une fois, tous les exercices complétés, une fois une certaine zone de confort développé, je pouvais m’aventurer dans les passages obscurs à la recherche de la destination ultime: la fin du chemin, là où on ne peut plus passer.  Tout au long de mes plongées, je découvre de petites espèces vivantes qui se sont adaptées dans ces sédiments que je n’oserais perturber dans le fond de la grotte.  Les murs quant à eux revêtent des couleurs si variées qu’ils rivalisent avec de nombreux poissons, sans compter les formes multiples et diverses où la roche se fait sculpter inexorablement par l’eau.  C’est un univers à part, mystérieux et secret qui ne vit que par la source de ma lumière.  Les bulles lorsque je suis en circuit ouvert se heurtent contre le plafond et viennent perturber un silence quasi religieux.  La lente progression de nos immersions nous pousse dans un état zen où la concentration emplit nos sens.  À chaque détour, chaque jonction, on se retrouve à vouloir aller voir un peu plus loin, comme un enfant curieux de découvrir ce qui se cache derrière la porte close, juste pour voir, pour connaître le chemin de l’eau filtrée par ce calcaire. 

Certains seront contents de rester sur les chemins balisés et pour d’autres comme moi, un appel se fait entendre.  Je ne sais si on veut croire aux histoires de Jules Vernes, si on veut croire aux longs couloirs de la terre, mais on part à la conquête de nouveaux paysages souterrains aux 4 coins du monde.  

De la plongée à l’exploration

10 ans après la sortie de mon film Facing Darkness, je continue à parcourir les galeries souterraines dans de nombreux pays et plus je les explore, plus je veux apprendre à les connaître, pour les comprendre et surtout les protéger.  Que ce soit ici, en Chine ou ailleurs, les galeries sont la source d’eau douce de nombreuses populations.  Cette eau les abreuve, eux, leurs cultures leurs animaux.  Cette eau douce reste une source de vie qui est malheureusement polluée dans de nombreuses régions.  Par l’exploration, nous pouvons partager avec les populations locales notre infime connaissance du chemin de l’eau et peut-être participer à sa préservation.  Des dizaines d’équipes dans le monde font un travail extraordinaire de mise en valeur de ces riches souterraines.  Ces expéditions sont parfois dangereuses et nous acceptons de prendre des risques mesurés.  Cependant, il n’y a rien dans le fond de l’eau ou d’une grotte qui mérite d’y laisser sa vie.  Certains diront qu’ils sont morts en faisant ce qu’ils aimaient…  Vraiment! Je n’en suis pas si sure.  Ne vaut-il pas mieux rester humble face à nos forces et limites et pouvoir revenir de chacune de nos explorations et la raconter. Quand on est la dernière personne à parler à un plongeur, que tout a été mis en place pour le sauver et que quelques heures plus tard on apprend son décès, on se souvient qu’au départ on plonge pour le plaisir, on explore pour partager notre passion et on documente, car nous nous soucions du devenir de cet environnement et de ceux qui en dépendent.  

La dernière frontière sur terre.

Pour celui ou celle en qui sommeille l’enfant explorateur à la curiosité insatiable, le monde souterrain est un immense terrain de jeu qui très vite fascinera.  En suivant le chemin que les premiers explorateurs ont dessiné, c’est un cabinet de curiosité qui s’offre à nous.  ici jusqu’à preuve du contraire, aucun drone, images satellites ne pourra vous révéler cet environnement.

En attendant, vous pouvez tout de même visionner une image 360 de l’entrée de la grotte Orange grove en Floride http://sky.easypano.com/panoramic-images/Cave-diving-in-Orange-Grove—Florida-18817.html