Précédemment
Imaginez: Ne plus pouvoir remettre les pieds sur le lieu de vos origines, ne plus pouvoir y amener vos enfants!
Imaginez: Pouvoir à nouveau apercevoir ce territoire dans toute sa résilience.
L'équipe 2023
Nathalie Lasselin
Mjee De Carufel
Lysanne Des Landes
Nathalie Lemonde
Maryse Marceau Grimard
...
Le lac le plus profond du Québec sous le réservoir Manicouagan découvert par nos amis chercheurs de l’Université laval.
Expedition 2023: Impact -130m
Pour la 4e expédition sous-marine dans le coeur du réservoir Manicouagan, l’équipe s’apprête à repousser ses limites pour descendre rejoindre l’ancienne rive de la rivière Manicouagan avant l’ennoiement.
Une série de plongées profondes en eau froide
Objectifs:
- Rapporter des images du territoire Innue disparu le long de l’ancienne rive de la rivière Manicouagan.
- Rapporter des échantillons de sédiments profonds.
- Produire un documentaire.
- Rencontrer les Innus et leur partager nos découvertes.
- Caractérisation du milieu.
- Collaboration avec universités
- Espèces aquatiques répertoriés
Exploration géographique 2023
Blog 2023
J-1 Enfin arrivées.
Parties de 3 régions du Québec, l’équipe s’est retrouvée hier aux Escoumins, pour poursuivre la route jusque baie-Comeau pour récupérer les bateaux pour l’expédition.
La route 389 nous attend avec ses virages, mais depuis sa modernisation, elle est beaucoup moins sinueuse et du coup pas mal moins dangereuse. Il faut tout de même rester attentif et nous voyageons en convoi des 3 camions. Et oui 3 camions, Nathalie compense l’empreinte carbone des transport via https://carboneboreal.uqac.ca
Nous voilà enfin arrivées à notre camp de base près du relais Gabriel. Claire qui a maintenant 75 ans nous accueille comme à son habitude 🙂 Nous veillerons à installer la pompe à eau pour avoir de l’eau dans le shack et la gestion du frigo sera encore un beau défi pour notre Chef cook Lili. Une chance cette année Mjee et Nathalie ont apporté le campeur porté qui fera une base supplémentaire. Bien installées, on a pu mettre un bateau à l’eau, décharger nos équipements, remplir le réservoir d’eau pour les prochains jours.
Après deux jours de route, nous sommes contentes d’être de retour. On s’y sent bien comme dans notre maison boréale. Du grand confort, nous avons un toit rigide sur la tête.
Première surprise: le niveau de l’eau! Il a encore baissé. Bien hâte de voir les conditions du Manicouagan demain.
J-2 Première plongée pour Maryse
Voilà, nous sommes sorties sur le réservoir pour aller faire notre premier repérage sonar le long de la falaise. il n,existe pas de carte marine du réservoir. Nous avons accès grace à l’université Laval a des données mais pour la zone profonde sous les 130 mètres. À nous de faire notre cartographie pour pouvoir descendre plus profonds cette année.
On aura trouvé un mini quai qui nous permettra de charger le bateau plus facilement. Une bonne partie de l,expédition au delà des plongées est de mettre en place les outils avant et après chaque immersion.
Pendant que Lili, Lysanne et moi regardions les images sur le sonar pour planifier les plongées profondes, Mjee et Maryse sont allées plonger pour que maryse fasse sa première plongée dans la forêt submergée. Bonne nouvelle, elle a adoré. Comme quoi, ce n’est pas plate de plonger dans uen forêt submergée.
Notre aller-retour à faire notre cartographie sur le plan d’eau un peu houleux, ne nous rassure pas à 100% sur la suite des choses. de retour au campemanet, Nathalie pourra analyser le tout.
J-3 Plongée profonde
Après avoir repéré les lieux à savoir où potentiellement l’hélicoptère de heli-secours pouvait nous récupérer si on a un accident, nous avons pu faire la première plongée profonde dans la zone des 100 mètres.
Ce qui devait être uneplongée test pour s’assurer que tout est en place fut une vraie plongée. Lysanne et Nathalie sont chacune équippée d’un recycleur et de 4 bouteilles de bail out, le mix de fond jusqu’au 100%. À la fin de notre plongée, maryse nous fait pratiquer la remontée d’un plongeur inconscient. Une excellente technique enseignée pour les plongeurs handicapés que nous devrions tous connaître
La falaise nous laissé la porte grande ouverte avec la chance de pouvoir atteindre une profondeur assez rapidement.
Finalement, nous sommes vite tombées dans la forêt plutôt dense. Nous avons bien progressé jusqu’à ce que nous ayons à contourner les arbres et nous perdre. Une belle plongée qui nous aura permis lors des paliers de décompression de découvrir de la vie marine plutôt intéressante.
J-4 Sous le ciel de feux de forêts
Même si les feux de forêts sont loin d’ici, le ciel en est encore teinté.
Après nos plongées à 4 plongeuses aujourd’hui, Mjee a pas mal de boulot pour remplir les bouteilles. Nos journées commencent à prendre le rythme et tout se place. Déjà plusieurs images sont captées dans la forêt submergée. Ceci dit, la visibilité n’est pas au rendez-vous. À voir si il s’agit juste du site que nous avons choisi ou non.
Pendant le remplissage des bouteilles, Maryse coupe du bois pour le feu. Pour le moment, il fait très, trop chaud mais on le sait bien les conditions peuvent changer rapidement.
L’expédition est divisée entre les plongées profondes et les plongées à 4 pour chercher des indices de la résilience de la forêt et des anciennes rivières devenues submergées.
Nous cherchons des images fortes à partager avec la communauté Innu.
Chaque plongée est l’inconnue total, la communication est complexe, surtout à 4 dans cette visibilité réduite et les arbres absolument partout.
J-5 OOOps
Il y a des jours comme cela, même en expédition. Jusque maintenant tout allait pour le mieux, autant du côté de la météo que le reste. Ce matin, le temps avait du chagrin et nous étions tout de même en route pour une belle plongée profonde. Mais un petit souci, nous aura plutôt forcées à ramer. Par contre, toute l’équipe est restée focussée à trouver des solutions pour régler le problème et revenir au camp de base. L’aventure nous aura pris la journée. Nous en rirons bien plus tard. Alors pas de nouvelles découvertes pour aujourd’hui. On se reprend demain.
J-6 Pour garder l’énergie des troupes, notre super cook Lili qui agit aussi en tant que capitaine suppléant du bateau, nous prépare de très bons repas. Sans aucun doute l’expédition durant laquelle nous mangeons le mieux. La journée fut consacré aux plongées dans le lit d’une des rivières qui alimenter l’ancienne rivière Manicouagan. De plonger à 4, nous permet de mieux l’éclairer dans cette eau dont la coloration absorbe absolument toute la lumière. Nous utilisons plus de 240 000 lumens et rien n’y fait ou presque.
Fait intéressant, après toutes mes plongées dans le réservoir, je viens de voir mon premier arbre qui dispose encore de ces cônes, ces cocottes comme on dit. Chaque plongée nous pousse à regarder non seulement dans l’ensemble mais dans les détails.
J-8 Noir c’est noir!
Déjà à mi-chemin de l’expédition. Les journées sont très occupées avec la préparation des équipements de plongée et de prise de vue, les déplacements en bateau qui prennent du temps pour rejoindre les sites choisis de plongée. Le soir les remplissages des bouteilles, téléchargement des images des caméras, gopro, drone, sonar. Il y aura des heures de plaisirs à tout visionner.
Ce matin, nous étions pleines d’espoir pour notre plongée profonde. Après avoir revu toutes les directives et protocoles. Nous avons mis le grappin dans 150 pieds (45 mètres) directement dans l’éboulement. Une fois sous l’eau, notre descente jusque le grappin s’est fait à toute vitesse. À notre arrivée, on s’est vite rendu compte, que nous étions dans les arbres. Nous avons poursuivi pour descendre et après notre Runtime (temps alloué) nous avons fait demi-tour. Nous n’aurons pas pu descendre plus bas. La foret est dense et les sédiments sont très perturbés déjà. La visibilité est vraiment pas super. Au retour, des 90 mètres, nous avons perdu la cime des arbres et sommes revenues complétement dans le noir. Pas moyen de savoir du tout ou on se trouve. Exactement ce que nous voulions éviter. Nous avons suivi un azimut vers la paroi. À 21 mètres, nous avons lâché le marqueur de surface afin que Maryse vienne nous rejoindre et nous ramener le long de la falaise. Une belle plongée de 166 minutes.
J-9 Plan B
On retourne à notre plan initial. On partira de la rive et on descendra la pente dans l’éboulement pour ne pas se retrouver dans les arbres. Départ tôt ce matin. Nous devons absolument être sortis de l’eau à 14h00 car si nous devions appeler l’hélicoptère, c’est le délai maximum pour venir chercher le plongeur et le conduite à la chambre hyperbare de Lévis avant 18h00. Le soleil se couchant de plus en plus tôt, c’est le désavantage de faire ce genre d’expédition à cette saison.
Nous voilà équipées de notre CCR et de nos 4 bouteilles bailout chacune. Nous prenons des gopro avec 2 x 30 000 lumens chaque pour pouvoir filmer le tout. Après une vérification, nous commençons notre descente. Dès 70 pieds, nous avançons dans un nuage épais de sédiment qui flotte au-dessus du fond. Assez rapidement, nous ne nous voyons plus. Tout juste le halo lumineux de nos lumières. Une chance en recycleur, nous pouvons nous parler. Notre progression est ralentie et nous ne pourrons descendre plus de 80 mètres. Nous remontons et finissons la plongée le long de la falaise. Après 183 minutes, nous aurons pu documenter les colonies d’hydres qui peuplent une partie de la falaise. La forêt ne nous laissera pas descendre plus profond.
J-10
Documenter la forêt. Après deux jours de plongée profonde, nous reprenons les plongées à 4 pour filmer la forêt submergée, trouver la rivière. Nathalie et Maryse sont allées faire du sonar pour avoir une meilleure idée de l’endroit ou plonger la rivière. Avec un champ de vision réduit, jeter le grappin à 10 pieds de la cible signifie rater la cible. La communication à 4 sous l’eau n’est pas toujours simple.
Il apparaît que de rejoindre le fond du réservoir ne se fera pas cette fois. Nous concentrons nos efforts sur une rivière qui s’y déverser pour rapporter des images qui seront à l’image du fond de la rivière originelle. Après nos plongées, nous en profitons pour capter des images de la faune de la forêt boréale actuelle. Un travail tout aussi important pour mettre en perspective ce que nous pouvons encore observer ou pas sous l’eau.
Il est parfois ardu de faire réaliser l’ampleur de la forêt sous l’eau à quiconque ne l’a pas vu. Notre champ de vision étant réduit, on ne voit que quelques pieds et on ne peut pas avoir la profondeur de champ que nous avons à la surface.
J-11 Nous poursuivons la mise en image de la forêt et de la rivière. De cette façon nous augmentons nos chances de voir potentiellement des traces du passé ou des éléments de l’adaptation de la nature. Nos plongées m’auront permis de voir pour la première fois une cocotte toujours attachée sur un arbre submergé et aussi une lotte bien tranquillement couchée dans un arbre.
Le soir, Nathalie et Mjee partent à la rencontre de Adelard et Sébastien du conseil de Pessamit afin que toute l’équipe rencontre demain des aînés. La vague de chaleur nous a quittées en fin de journée. Le ciel se couvre un peu et nous laisse admirer un bel orage.
J-13 Au-delà de l’exploration sous-marine, le moteur du projet est le partage avec la communauté de Pessamit. Recueillir leur témoignage, écouter leur histoire et partagez les images de leur territoire submergé. Journée haute en couleur à échanger avec les Innus venus de Pessamit à notre rencontre. Nous avons appris non seulement sur leur mode de vie, leur relation à la forêt et le vide que le réservoir a laissé. Nous avons ensuite navigué avec eux sur le réservoir. Nos deux compagnons y venaient pour la première fois. Ce qu’il faut savoir est que le territoire était naturellement divisé entre les familles. Donc chacun monté dabns sa portion de territoire et depuis l’ennoiement, un simple canot devient une embarcation un peu légère pour y vivre du 15 août à juin suivant. Peu sont ceux qui ont des embarcations avec des moteurs puissants pour faire face aux aléas de la météo.
Lilii et Lysanne de leur côté sont partis filmer les restes de la ville de Gagnon. Une autre ville au destin bizarre. Il y a dans le bois quelques anciens résidents qui continuent de vivre ici. Nous en avons croisé plusieurs qui ont un mode de vie loin de celui des grandes villes. Parfois nous aussi nous aimerions rester ici beaucoup longtemps.
J-14
Dernière journée de plongée. Nous en profitons pour optimiser la journée. Nathalie ira suivre le lit de la rivière en dpv alors que Maryse et Lysanne iront couper un arbre afin de rapporter des morceaux à la communauté.
Ce morceau d’arbre sera retourné à la communauté de Pessamit. Sa densité, son poids et sa représentation en font un objet symbolique fort.
J15 – Une dernière plongée pour Nathalie en scooter pour filmer le bord de la rivière submergée que Cecile vachon emprunté.
Il nous faut ranger tous les équipements. Dans toute l’expédition, nous aurons juste eu quelques o,ring et un manomètre de pression du compresseur à remplacer. Compte tenu de la route et des conditions en région éloignée, l’équipe aura relevé avec brio toutes les situations.
Un seul pansement aura été utilisé! Pas mal non plus et à vrai dire, nous sommes toutes heureuses de ne pas avoir eu à utiliser le kit de premiers soins, ni le DEA.
Après 15 jours et 20 plongées effectuées, nous reprenons la route en descendant la 389 jusque Québec. Nous aurons parcourru la partie est-sud-est du territoire du réservoir, rencontré des Innus, le personel de la station uapishkha et quelques humains aussi passionnés que nous de cette forêt boréale qui en 2023 aura soufert des feux de forêts.
Octobre 2023
La partie plongée semble déjà bien de nous. Mais le travail ne fait que commencer. Nathalie prend la route vers la côte-nord à nouveau, pour la 4e fois cette année.
Aujourd’hui, une série de rencontres tant attendues. Elle mene les entrevues avec deux ainés et des plus jeunes. C’est le moment d’apprendre à mieux connaître l’histoire des Innus de pessamit et d’échanger avec eux. Un moment touchant fut de présenter le morceau d’arbre coupé dans le réservoir.
Nathalie est allée le présenter aux ainés de Pessamit qui ont passé leur enfance sur le territoire et ont navigué la rivière en canot. Cette même rivière que Nathalie parcourrait avec son dpv, il y a quelques semaines.
Repousser les limites ou pas
La visibilité cette année n’est définitivement pas au rendez-vous. Difficile de comprendre pourquoi. Même si le niveau de l’eau est plus bas, on ne peut pas penser que ce soit à cause des précipitations, ni des granads vents qui sont absents.
Nous partons sans grande envie, si ce n,est celle de revenir explorer à nouveau ce territoire et le faire connaître
Le niveau de l’eau en 3 ans
La demande en hydro électricité ne cesse d’augmenter. Avec l’électrification de nos modes de transports, l’usage accru de climatisation avec les étés très / trop chaud et l’augmentation de la population plus la vente d’électricité pour la grande industrie.
Pourtant le niveau du réservoir ne cesse de baisser et la réserve d’eau devient un sujet de préoccupation à moyen et long terme.
sous le réservoir
Le chercheur Léo Chassiot de l’université Laval, avec qui nous avons collaboré a publié le résultat des recherches de son groupe ( Patrick Lajeunesse) concernant le lac le plus profond du Québec qui se trouve sous le réservoir Manicouagan. Nous sommes heureuses d,avoir pu échanger des informations et observations avec les chercheurs ainsi que d,avoir fourni des échantillons de sédiments, à divers profondeurs, qui sont à l’étape d’analyse.
Partenaires 2023