Explorer de nouveaux territoires en Chine.

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La région de Du’An, dans la province du Guangxi au sud-ouest de la Chine,  recèle des secrets qui pourraient bien changer son avenir.  Le peuple Yao qui y réside vit principalement de l’agriculture. Ici le manque de ressources premières empêche la région de devenir un autre pôle de production massive de produits pour le marché mondial.  Mais, c’est une tout autre richesse qui a fait prendre un tournant économique et écologique des plus surprenants.   Au premier regard, le paysage nous fait penser à la baie d’Ha Long, Vietnam.  Des montagnes longilignes découpent les vallées sous lesquelles un spéléologue français, Jean Bitazzi résidant en Chine,  a entrevu un réseau karstique inhabituel.  Il n’en fallait pas plus pour que se mette en place une expédition de plongée spéléo pour explorer un nouveau territoire vierge et tenter de mettre en lumière la grandeur des réseaux karstiques.  Le gouvernement local, curieux de voir des étrangers s’intéresser avec tant de passion à leur source d’eau douce, a réalisé que le développement de la région pourrait bien passer par le tourisme de plongée.  Un pari fou !  Mais nous sommes en Chine et ici tout est possible.

Après deux ans d’exploration, quelques rencontres avec des experts internationaux et dans le cadre de la création d’un géoparc, le bureau de tourisme du Du’An organise un évènement d’une ampleur rarement rencontrée En décembre 2013, il inaugure le premier centre de plongée technique et spéléo en Chine.  En compagnie de 7 experts internationaux invités pour la cause, des dirigeants et dignitaires se sont regroupés avec plus de 3000 personnes pour marquer le début d’une nouvelle ère de développement. Au son des pétards et feux d’artifice, des plongeurs s’immergèrent dans la vasque alors que plus loin le club de vélo-tourisme défile s’associant à l’émergence d’une culture du tourisme et du sport dans une région rurale.

En quelques années, les paysans de la minorité Yao auront vu, de leurs propres yeux, des blancs vêtus de scaphandre étrange, plonger dans leurs sources d’eau douce qui depuis des siècles est au cœur de l’organisation de leur vie. Ils y puisent l’eau pour leurs champs, leur maison, ils y pêchent et y lavent leur linge.  Après les craintes de voir ces étrangers perturber les sources à tout jamais, les paysans s’habituent à les voir s’engloutir dans les profondeurs des grottes.  Lorsque les plongeurs sortent, enfin, ils partagent les images de ce à quoi ressemble ce monde obscur empreint de mythes et légendes. Les Yao du village s’attroupent autour d’eux et les pressent de questions sur les poissons, les méduses ou s’ils ont vu l’esprit de la grotte.   À force de voyage une complicité s’établit, la peur de l’autre a laissé place à la fascination.  Ils offrent leur aide pour transporter la multitude d’équipements sur le bord de l’eau, ouvrent généreusement leur porte pour donner accès aux commodités et leur toit lorsque la pluie s’abat sur eux. 

Les plongeurs, eux, sont envoûtés par ce monde vierge où la quantité de puits à explorer se multiplie à l’infini. La surrection de la région de Du’an date de plus de 70 000 000 années en même temps que la formation de l’Himalaya.  Elle est formée de dolomies et de calcaire très sombre. Alors que les hautes montagnes coniques se formèrent,  des rivières souterraines se sont créées entre les plaines.  Ainsi devant eux, une carte blanche est à dessiner. Leur mission : trouver les rivières souterraines et les connexions entre elles. La profondeur des sources à plus de 170 mètres de fond transforme les plongées en expédition de plus en plus engagée où les limites humaines se surpassent grâce à la technologie des recycleurs ( appareil de plongeant permettant de recirculer le mélange gazeux et diminuer la décompression) . Chaque séjour, chaque découverte inspirent et motivent à un retour pour aller toujours un peu plus loin.

Les plongeurs attirés au départ par un nouveau territoire vierge à découvrir sont fascinés par le soutien de la communauté et du gouvernement. Avons-nous déjà vu tant de collaboration et d’engouement pour une activité d’exploration souterraine ?  La situation semble irréelle. La découverte de la culture et du mode de vie des Yao de la région au XXI siècle est un tel décalage qu’elle met en perspective nos idées reçues et notre méconnaissance de la Chine.

Si l’aventure du tourisme à Du’An vit ses premières heures grâce à l’exploration spéléo, les ambitions sont plus grandes et les horizons beaucoup plus larges.  La mise en place de visite d’un village traditionnel, d’un centre de villégiature avec les mégas karaoke à la chinoise le long de la rivière et les visites de temples, grottes sèches et randonnées ne sont que quelques-unes des possibilités qui se mettent en place.

Tout va très vite, la course au géoparc de niveau local à international emmène le bureau du tourisme à essayer beaucoup d’avenues possibles.  Certaines plus porteuses que d’autres, mais quoi qu’il en soit, ils sont toujours prêt à chercher et écouter les conseils, points de vue des étrangers.  Ils tentent du mieux qu’ils peuvent, avec leur propre culture, de mettre en place un développement économique basé sur le touristique.  En développant la région, ils rêvent de la sortir d’une précarité et pauvreté certaine. Ils aspirent à éviter aux jeunes de migrer vers les ateliers et usines de Guanxi ou autres grandes métropoles. Ils sont visionnaires, d’une vision que nous ne connaissons presque plus à l’ouest : Ici à Du’An, tous les rêves sont permis. Ils peuvent être grands, démesurés, peuvent être irréaliste, mais en attendant, un grand mouvement de mise en valeur d’un paysage, d’une culture, de richesses naturelles gravées dans la pierre est en pleine effervescence.  Et c’est avec fierté et générosité qu’ils vous accueillent à coup de Kampaï et de longues soirées bien arrosées.

Voici en image quelque-uns des systèmes explorés à ce jour.