Bell Island: Plongées dans l’histoire

Alors que le printemps tarde à s’installer à Montréal, je charge mes bagages de vêtements chauds, y compris mon épais sous-vêtement de combinaison étanche.  Pour la 3e fois en à peine un an, je retourne à Terre-Neuve.  Ce n’est sans doute pas la première destination printanière sur notre liste de souhait de plongeurs, mais pourtant Terre-Neuve et plus spécifiquement la région de Bell Island a bien des sites de plongée hors du commun à offrir.  Cette fois c’est avec un groupe de plongeurs spéléo que j’organise une mini-expédition de plongée au coeur de l’histoire. 

Le nom de Bell Island résonne pour moi depuis la première expédition de plongée dans la mine en 2007.  Cette mine de minerai de fer en exploitation depuis 1899, s’étend sur des kilomètres sous la terre et sous la mer.  Une plongée sous plafond quelque peu différente des plongées spéléo.  En entrant par la petite porte de la mine n”2,  un long corridor obscur descend avec une pente de 10% dans les abysses de la mine.  Il faut marcher plus de 700 pieds pour atteindre l’eau qui a rejoint le niveau de la mer.  Il aura fallu 3 ans après l’exploitation pour que l’eau de la nappe phréatique remonte dans les nombreux corridors parallèles et perpendiculaires.  L’eau à 5 degrés nous paraît chaude, surtout après nos plongées dans la mer où à cette période l’eau demeure sous le zéro.  Rick Stanley embarque nos bouteilles, recycleur sur le petit kart de golf et  nous descendons dans ces entrailles obscures ou des hommes de pères en fils ont passé leur vie.  Les premiers mineurs travaillaient 10 heures par jour, 6 jours par semaine.  Pendant plus de 6 mois de l’année, ils ne voyaient la lumière du jour que le dimanche.  Ils travaillaient avec des outils maintenant rudimentaires à la force de leur bras et sortaient grâce aux chevaux ce minerai si précieux.  Notre première immersion nous laisse découvrir des corridors qui n’en finissent plus, espacés de bloc de 10’x10’ qui soutiennent le plafond.  On descend le long du tuyau de l’ancienne pompe et se révèlent des artefacts de l’exploitation passée : pelles, outils en tout genre, machinerie.  Rares sont ceux qui ont plongé la mine et l’exploration et la cartographie n’en est qu’à ses balbutiements. Il reste tant de graffiti et autres a découvrir dans ses 100 kilomètres de passage reparti sur 16km2

chaque artefacts est la mémoire d’une époque marquante pas seulement pour la petite île de bell island mais pour le Canada au complet.

À l’aube de la 2en guerre mondiale, la mine de fer approvisionnait de nombreux pays, dont l’Allemagne.  Le fer si précieux à la construction de bateau était un bien qu’il fallait protéger, mais qui rapidement allait être menacé par la guerre et les fameux Uboot.  Les sous-marins allemands qui connaissaient si bien ce territoire et ils leur filaient mettre fin aux ravitaillements des alliés. 

Le 2 novembre 1942 a 7h03 du matin, le Canada était attaqué par le U518. 3 torpilles atteignent alors Le Rose castle, un bateau vapeur de fabrication britannique qui transportait 10.200 tonnes de minerai de fer jusque l’autre cote de l’atlantique, mais son dernier voyage pris fin dans les eaux glaciales au large de Bell island dans 150’ de fond.   22 membres d’équipage périrent alors que 17 furent rescapés. Le Rose castle avait pourtant survécu à une attaque 2 semaines plus tôt, mais cette fois, il n’y avait plus rien à faire.

La vie marine a pris le dessus sur l’épave, mais ce qui attire l’œil est la station radio marconi qui est demeurait intacte.

Le Rose castle ne fut pas le seul navire a sombré sous les torpilles allemandes.  3 autres navires sombrèrent dans les eaux entourant l’île.  Le PLM, le sagana et le Lord Strathcona peuvent eux aussi être plongés.  Des épaves ont une profondeur maximum de 125’ et une longueur de  près de 455’.

En ce début de saison, l’eau est chargée en méduses, béroé et papillons de mer. Nos plongées nous offrent autant a voir en histoires maritimes qu’en biologie. 

Mais plonger à Terre-Neuve en cette saison ne peut être une expérience complète sans les soupers aux homards et bien entendu sans une plongée de pétoncle.  Permis de récolte en poche, les gars partent remplir les filets pour un souper tant attendu.  Le pétoncle a tout de même une espérance de vie de 21 ans.  On les aura trouvés sous un fond de sable et gravier.  Alors qu’on les aura récoltés dans 10 mètres d’eau, on peut les trouver jusqu’à 400metres de fond.  Chaque pétoncle qui est commercialement viable a atteint l’âge de 4 à 5 ans.  De quoi nous faire apprécier chaque bouchée.

Nous sommes tous contents de braver l’eau froide sous le zéro et pour poursuivre notre aventure, nous partons à la chasse aux icebergs.  Depuis notre arrivée, il y en a un qui semble se rapprocher et mieux encore s’ancrer.  Bien que depuis plusieurs années, je pratique la plongée sur iceberg dans le Grand Nord, cette fois, il est seul au milieu de l’océan, majestueux.  Il aura parcouru un long trajet depuis son Groenland natal.  Cette année, plus de 1000 icebergs ont fait leur entrée à Terre-Neuve. Un début de saison hâtif qui même s’il est positif pour le tourisme, pousse a la réflexion sur l’état des glaces dans le Grand Nord. 

Alors que notre mini expert tire presque a sa fin, on ne se résout pas a faire sécher notre équipement et on veut jusque-là fin profiter de notre séjour et de ce que les eaux ont a nous offrir.  J’emmène donc le groupe plonger à South Dildo après bien évidemment une séance photo devant les pancartes du village de Dildo.

Ici depuis la fin du XiXem siecle et jusque,en 1972, les baleines furent chassées et transformée ici pour leur huile et viande.  Après plusieurs décennies les ossements de plusieurs douzaines de baleines jonchent le fond de la baie.  Une expérience hors du commun qui termine en beauté notre séjour.

Si vous avez envie de découvrir un peu plus le Canada et l’incroyable destination que représente Terre-Neuve, passé un coup de fil à Rick de Ocean Quest.  Il vous partagera avec passion et fierté tout ce que Bell Island et conception bay ont de mieux à vous offrir. 

Bonne plongée.